Comment avoir de l’eau potable avec de l’urine ?

Lorsque scientifiques et éco-entrepreneurs unissent leurs forces pour reconsidérer le miracle de l’eau transformée en vin, il y a une cuvée très spéciale appelée « Je vais faire pipi sur vos vignes ». Ou comment les nutriments présents dans nos urines peuvent être évalués comme engrais pour la vigne. Projet Évangile de la Valurine de Marc Héran, chercheur à l’Institut Européen des Membranes (EMI).

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© Ecosec

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Les Français consomment de l’eau potable, beaucoup d’eau potable, dont 20% seulement est rincé. L’eau qui doit ensuite être livrée à nos usines de traitement des eaux usées est traitée et retournée dans notre environnement naturel. Un cycle non virtuel avec des coûts financiers, énergétiques et environnementaux énormes.

« Nous commençons par l’eau la réflexion que nous avons eue avec les déchets il y a vingt ans en utilisant des chaînes de recyclage, Marc Héran, chercheur à l’EMI. Pour les eaux usées, le Cependant, question similaire : ne pouvons-nous pas, par exemple, récupérer les nutriments qu’ils contiennent pour l’irrigation ?

 » Une expérience que ce spécialiste du traitement de l’eau a fait depuis l’année dernière avec Montpellier Ecosec et la cave Jasse à Combaillaux. Pendant deux ans, deux vignes sont irriguées avec des engrais à base d’urine récoltés dans des toilettes sèches installées dans le village d’Hérault et développées par Ecosec spécifiquement pour la séparation des urines et des excréments. Un projet appelé Valurine.

De l’urine à l’engrais « Il ne fait aucun doute que le changement écologique arrive et qu’il sera accompli. Cette prise de conscience de nos habitudes de consommation et de leur dépendance à l’égard des combustibles fossiles et des matières premières est un sujet d’actualité important », explique le chercheur.

« Nous trouvons dans notre urine la plupart des nutriments qui sont utilisés comme engrais pour les plantes : azote, phosphore, potassium… « , explique Marc Heran. Le phosphore, indispensable pour les plantes, est « un engrais qui atteint un rendement agricole élevé. Nous allons chercher des mines de phosphate et nous obtenons de plus en plus. « Une ressource limitée dont l’épuisement pourrait conduire à une crise agricole mondiale dans les décennies à venir.

« L’azote est une ressource illimitée, explique le chercheur, « parce qu’il est présent dans l’atmosphère. Son cycle, cependant, est extrêmement gourmand en énergie. « Les stations d’épuration des eaux usées sont tenues de traiter l’azote avant d’être rejeté dans l’environnement naturel afin de limiter le phénomène d’eutrophisation (voir encadré ci-dessous). Le gaz transforme l’azote dans l’atmosphère avant sa reprise et converti en azote liquide pour engrais.

Contrôles stricts Il reste à savoir comment cette urine est utilisée correctement. L’urine, en fait, peut contenir des microimpuretés et « Nous n’avons pas observé d’internalisation des agents pathogènes dans les plantes parce que nous sommes en deçà des seuils de détection des micropolluants », explique Marc Herran.

Un autre objectif de l’opération est d’optimiser la gestion du volume d’urine, ce qui est coûteux dans le stockage et le transport. Pour limiter ces coûts, le projet Valurine expérimente plusieurs processus. La production de struvite, un extrait d’urine en poudre et la concentration d’urine par nitrification/distillation. « Struvite est obtenu par un simple processus de précipitation, qui permet plus de 90% de phosphate et de l’azote sous forme de poudre, grâce à l’ajout de magnésium dans l’urine, ce qui produit un précipité. »

La concentration d’urine nécessite un peu plus de savoir-faire, puisqu’elle doit d’abord être nitrurée, comme Marc Herran explique : « Cela consiste à stabiliser l’azote présent dans l’urine sous forme d’ammonium en le convertissant en nitrate. » L’urine est ensuite distillée « pour conserver tous les nutriments dans seulement 5 -10% du volume d’origine »

La fin de l’égout Une fois concentrée en solution ou sous forme de poudre, ou simplement utilisée telle qu’elle est, l’urine est prête pour l’irrigation goutte à goutte en pleine terre. Un petit miracle qui a permis de produire les premières bouteilles de vin de ce processus de fertilisation. Une cuvée bien nommée : « Je vais pisser sur vos vignes » ou encore l’histoire d’un départ éternel où rien ne se perd, rien ne se crée, tout est créé, tout est apprécié. « L’urine peut changer le visage de l’agriculture, mais aussi celle de notre planète, le 21ème siècle, sera la fin des égouts », conclut le chercheur.

eutrophisation, étouffement de l’écosystème

La croissance des villes signifie que les stations d’épuration des eaux usées émettent aujourd’hui des quantités colossales d’eau et « émettent encore trop de nutriments dans les rivières pour assurer l’auto-nettoyage, comme c’était le cas il y a 50 ans », explique Marc Héran. Les algues se développent intensément, la lumière ne passe plus, elles meurent et fermentent, ce qui conduit à l’étouffement de l’écosystème. « Un phénomène connu sous le nom d’eutrophisation, qui a incité les autorités à imposer des normes pour les rejets d’azote et de duphore pour les stations d’épuration des eaux usées.

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